La surcharge dans les transports en commun au Togo

Complicité des passagers, insouciance de l’autorité


C’est une vieille pratique dans les transports en commun au Togo. Les véhicules de 5 places, circulent avec 7 personnes à bord, ceux de 9 places avec 12 personnes et ceux des 15, avec 22 personnes. Décryptage de ce phénomène ancien qui se perpétue.

Les Origines
Lors de l’avènement des taxis et du transport en commun au Togo, les propriétaires pour augmenter les capacités de leurs automobiles, se faisaient fabriquer des sièges supplémentaires.
La  pratique  a  subsisté  avec  le   temps  et  s’est  même  instauré comme coutume dans le secteur transport inter-ville et le taxi interurbain.  Aujourd’hui,  l’un  des  arguments  que  brandissent les  conducteurs  est  la  rentabilité  de  l’activité.  En  effet,  à comptabiliser le coût du carburant, les frais de réparation et une épargne  en vue  du  renouvellement  de  l’engin,  les  propriétaires estiment n’avoir d’autres choix que de surcharger. Ils déplorent le fait que les clients (passagers) rechignent à payer le tarif au prix juste. Les tarifs étant généralement fixés par l’autorité publique.
A qui la faute ?
Elle incombe à tous. Les passagers se complaisent à effectuer le  trajet  dans  un  véhicule  en  surnombre  avec  un  chargement exagéré  et  conscients  du  risque  inhérent  à  cette  pratique.  Les raisons  économiques,  de  défaut  de  temps,  de  disponibilité de  véhicules,  évoquées  par  les  personnes  que  nous  avons interrogées pour justifier un tel agissement, sont inadmissibles.
Aucune raison ne saurait expliquer cette complicité de fait. Une fois que l’on accepte de monter ou de continuer un trajet avec un véhicule en surcharge, l’on engage sa responsabilité.
Par ailleurs, on ne saurait disculper les forces de sécurité et de la protection civile car, elles sont garantes du respect de règles de droit. Il est plausible de constater qu’à des postes de contrôle (quand  il  en  existait  encore),  les  véhicules  de  transport  de personnes en surcharge ne soient inquiétés. Il suffisait pour un conducteur de glisser une pièce ou un billet d’argent à un agent pour continuer de commettre son forfait.
Pour des raisons d’amélioration de la circulation des personnes et des biens et en vue de réduire les tracasseries routières, les postes de contrôle routier ont été quasiment supprimés. Mais aucune mesure, à notre avis, n’est mise en place par l’autorité publique pour assurer le contrôle de l’action des usagers de la route. Nous estimons que la question du contrôle ne doit pas être confondue avec la notion de la tracasserie.
Les conséquences
Il  serait  prétentieux  de  prétendre  exposer  de  façon exhaustive  les  conséquences  de  la  pratique.  Entre  autres, nous assistons avec tristesse et amertume, aux accidents de la route. La plupart étant causés par le non-respect des règles élémentaires  du  code  de  la  route   parmi  lesquelles  le  poids total de chargement.
Aussi,  faut-il  souligner  que  les  positions  inconfortables auxquelles s’exposent les passagers en situation de surnombre, sont source de maladies telles que les arthroses, la sclérose et autres pathologies de la sphère du squelette.
Somme  toute,  aujourd’hui  plus  que  jamais,  nous  devons prendre  nos  responsabilités  face  au  phénomène  de  la surcharge  et  du  surnombre  dans  les  transports  en  commun au  Togo.  Les  discours  devant  faire  place  aux  actions.  Des passagers,  en  passant  par  les  organisations  syndicales  du métier  et  les  ministères  en  charge  des  transports  et  de  la protection  civile,  à  tous  les  niveaux,  un  effort  d’actions correctrices doivent être opérer. Il sera plus incitant pour les togolais, de s’entendre faire enfin d’année,  le  bilan  des  véhicules  mis  en  fourrière,  plutôt  que du  nombre  de  morts  qu’ont  occasionné  les  accidents  de  la circulation.

Moïse Dodji MAFONGOUN, Consultant


Télécharger le N°060 du 1er Fevrier 2016 de TOGO MATIN

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