Les médicaments génériques, la priorité des priorités

Atténuer la charge des dépenses en santé des populations au Togo

 « L’inégalité concernant la santé est probablement la plus insupportable des injustices. A une époque où la médecine et la pharmacologie ont réalisé des progrès impressionnants, plus de trois milliards de personnes ont abordé le XXI è siècle sans avoir profité de la révolution sanitaire ». C’est en ces termes qu’un étudiant abordait il y a quelques années sa thèse de doctorat en pharmacie.
En effet, si les médicaments sont un produit de consommation, ils comportent à l’instar d’autres produits un aspect éthique, car on peut être obligé de l’acheter quand il s’agit de nous sauver la vie. Les dépenses en santé et en particulier celles liées à l’achat des médicaments sont l’une des charges les plus écrasantes pour nous qui habitons sous les tropiques. Selon l’OMS, elles représentent 66% des dépenses médicales.
Le bon sens nous pousse tout de suite à nous interroger sur les possibilités qui s’offrent à nous quand nous avons dans la main une ordonnance médicale. Sommes-nous vraiment obligés de subir les prescriptions des médecins ? Avons-nous un recours pour alléger la facture du pharmacien ?
De facto plusieurs « Oui »:

Oui parce qu’au lendemain de la dévaluation du franc CFA, les pays africains de la zone franc, ont pris une série de mesures pour pallier les effets néfastes du changement de parité sur la politique du médicament. Grâce à la mobilisation de chaque gouvernement, la plupart des pays ont pris des dispositions très importantes, parmi lesquelles :
  • l'allègement des procédures d’enregistrement des médicaments sous forme générique qui a permis l’introduction de ces produits sur les différents marchés nationaux,
  • la revue à la baisse du prix de cession des médicaments grâce à la saine concurrence des produits génériques face aux produits de spécialité auxquels ils peuvent être substitués,
  • la création avec l’appui des partenaires internationaux des centrales d’achat de médicaments essentiels, structure à fonctionnement autonome, pour en assurer la disponibilité constante. Au Togo, il s’agit de la Centrale d’achat des médicaments essentiels et génériques du Togo (CAMEG-TOGO)
Oui parce que la CAMEG-TOGO a pour mission:
  • d’approvisionner et distribuer des produits pharmaceutiques aux formations sanitaires publiques et privées à but non lucratif,
  • d’assurer la cession à un « prix social »,
  •  d’assurer la qualité et contribuer à l’usage rationnel desdits produits.
Oui parce que le secteur privé complète cette mission. En effet, le secteur privé de la distribution pharmaceutique est le fournisseur majoritaire de médicaments au Togo. Il est représenté par quatre (4) grossistes importateurs privés (UBIPHARM, UNIPHART, SOTOMED, SOCOPHARM) un (1) importateur-distributeur confessionnel à but non lucratif (OCDI), trois (3) établissements pharmaceutiques de fabrication ainsi que des officines de pharmacies et des dépôts pharmaceutiques privés.

Oui parce que ces médicaments sont à notre portée dans les conditions suivantes:
  • pendant la consultation : demander au médecin ou au prescripteur le libeller l’ordonnance en générique (les professionnels de la santé utilisent le sigle DCI (dénomination commune internationales)
  • à la pharmacie ou au dépôt pharmaceutique : demander au pharmacien ou au vendeur de vous servir le générique le moins cher. C’est le lieur d’éclairer l’option sur les prix de vente de médicaments. En général, les couts élevés des médicaments sont liés au frais de -packaging (les emballages, design…), -les frais de publicité, -les frais de manutention. Il faut s’avoir que les médicaments sont exonérés de plusieurs taxes dont la TVA.
  • Eviter d’acheter des médicaments dans la rue. La rue représente plusieurs lieux notamment, les abords des rues, les marchés, les coulisses des hôpitaux, les bureaux des délégué médicaux, les couloirs des cabinets médicaux, etc. la rue, c’est tout espaces non agréé pour la vente des médicaments. Les seuls lieux licites sont : les officines, des dépôts pharmaceutique, les point des ventes dans les centres de santé publics.
  • Eviter l’automédication. Cette pratique est l’une des sources d’appauvrissement des ménages. En effet, l’automédication induits très souvent des récidives, des complications, et pire des résistances.
Oui parce que plusieurs médicaments sont subventionnés par l’Etat entre autres:
  • Les antirétroviraux disponibles gratuitement à travers le programme national de lutte contre le sida et les IST (PNLS)
  • Les antipaludiques comprimés disponibles gratuitement par le programme de lutte contre le paludisme (PNLP)
  • Les antipaludiques injectables notamment l’Arthéméter injectable vendus à prix social dans toutes les formations de santé publiques : 110 F pour la pédiatrie et 180 pour les adultes
  • Le sérum antivenimeux vendu à prix social de 15 000F (or acheté à près de 40 000 F)
  • Plusieurs vaccins disponibles gratuitement pour les nouveau-nés.
L’enjeu pour l’Etat togolais c’est de rendre les produits de santé essentiels et disponibles sur tout le territoire national à un prix compatible avec le pouvoir d’achat de la population.
La santé de la population doit devenir la priorité des priorités. Que deviendrait les politiques économiques, d’éducation, de l’environnement, etc. face à une population maladive ou incapable d’assurer son bien-être physique et mental.
Le Togo a fortement besoin de conseillers en stratégie sanitaire pour mettre en œuvre les grands chantiers de l’éducation sanitaire. La promotion du médicament générique mérite d’être repensée et vite mis en œuvre.

Moïse Dodji MAFONGOUN, consultant

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