La déviation de la mission sociale de la microfinance au Togo.
Aussi bien le législateur que les IMF doivent se recentrer sur leurs
missions et devoirs en matière de microfinance.
La microfinance a connu un
développement impressionnant au Togo au cours de ces vingt dernières années. Depuis
2015, le secteur est constitué de 85 institutions dont 7 réseaux. A l’origine,
elle avait comme objectif de combler les insuffisances notées en matière
d'accès des populations pauvres aux services financiers. Cette évolution indique
que les pauvres sont bancarisables et le microcrédit une activité rentable.
Ainsi, plusieurs questions foisonnent
quand on s’intéresse au sujet. Contentons-nous d’aborder deux d’entre-elles :
Les institutions de microfinance (IMF) sont-elles des organisations philanthropiques ?
Pourquoi le crédit coûte-t-il plus cher dans une IMF que dans une banque commerciale ?
Les institutions de microfinance (IMF) sont-elles des organisations philanthropiques ?
Pourquoi le crédit coûte-t-il plus cher dans une IMF que dans une banque commerciale ?
Les institutions de microfinance
sont-elles des organisations philanthropiques ?
On peut répondre de facto « Non ».
Quoique plusieurs d’entre-elles émanent d’associations ou d’ONG, elles ont un
objectif de maximisation du profit. En effet la législation togolaise en matière
de création d’entreprise autorise le statut de « société »aux IMF. Or,
qui parle de société parle d’actionnaires, et qui parle d’actionnaires parle de
Profits. Cet état de chose n’altère en rien la mission de ces institutions si
ce n’est la finalité en matière d’équilibre de gains des parties prenantes. Cependant,
c’est ici que se pose la question de l’éthique dans le domaine. Il faut
chercher à comprendre comment l’on puisse s’enrichir avec pour vis-à-vis un « Pauvre »
? Une seule réponse : l’on s’enrichie, le pauvre sort de sa pauvreté. Mais
L’énigme qui subsiste c’est : Quand est-ce que ce cercle devient-il
vertueux, car force est de constater que les IMF ont tendance à
privilégier leur viabilité financière au détriment de leur mission sociale.
Pourquoi le crédit coûte-t-il
plus cher dans une IMF autant, sinon plus que dans une banque
commerciale ?
Les IMF partagent les mêmes
objectifs que les banques, notamment s'agissant de la collecte de l'épargne des
agents économiques en excédents de ressources pour les besoins d’investissement
ou de financement de projets rentables.
De façon imagée, dans la mise en
œuvre opérationnelle de leurs activités, les institutions financières achètent
de l’argent auprès de leur banque centrale. Dans notre contexte, il s’agit de
la BCEAO. Elles le remboursent dans l’ordre de 2.5 à 3%.
Elles ont pour prescription de le
mettre à la disposition de leurs clients (le leurs vendre sous forme de crédit).
Accordons-nous qu’à l’issue d’une vente, on doit dégager un bénéfice. En outre,
afin de sécuriser leurs opérations, les institutions s’assurent d’abord de la
rentabilité du crédit qu’elles octroient et en suite elles cherchent à le
garantir. C’est sur ce dernier aspect que le pauvre est exclu du circuit. La microfinance
vient donc à point nommé pour rétablir une espèce de justice sociale.
Malheureusement, il est plausible de constater que cette justice n’est pas
équitable.
En effet, le taux annuel de
crédit en banque varie entre 8 et 12%, par contre en microfinance il est de 10
à 18%. Les banques accordent des délais de remboursement de moyen et long terme
(2 à 5 ans, voir plus) tandis que dans l’IMF c’est du court terme : 18
mois en moyenne. Les spécialistes de la finance justifient cet aspect d’écrémage
ou de coercition dans les IMF par le
fait du coût d’opportunité, de la nature/taille
des garanties dans ce secteur.
Il ressort donc que les IMF
s’enrichissent plus que proportionnellement par rapport à leurs cibles, et par
ricochet, on peut estimer que les pauvres ont cessé d’être leur réelle cible.
Aujourd’hui, les théoriciens du
domaine préconisent de sortir du schéma classique de la microfinance pour entrer
dans celui de la finance inclusive, gage d’un développement à la base et
durable. Le Togo s’y est engagé à
travers la création du Fonds National de la Finance Inclusive (FNFI).
Le FNFI a pour vision, la promotion
de la finance accessible à tous et procède par les IMF pour atteindre ses cibles.
A notre avis, d’une part, en vue
de garantir et sécuriser les fonds publics gérés par le Fonds, l’Etat doit veiller
et amenuiser l’enrichissent des promoteurs d’IMF au détriment des « pauvres »,
les vrais bénéficiaires. D’autre part, les IMF doivent s’engager à remplir
leur mission :
- Mettre des services financiers à la portée de personnes pauvres y compris de facto, les jeunes et les femmes.
- Adapter le cout des services financier à la réalité des cibles
- Financer les activités génératrices de revenu avec pour effet a pour la création d’emploi.
- Apporter aux clients formation et conseil pour qu’ils soient en mesure de gérer les crédits sollicités.
- Proposer des produits adaptés au mode de vie actuel avec l’expansion des technologies de la communication.
Moïse Dodji MAFONGOUN, Consultant.

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